De rencontres en Ren'contes ou
les péripéties de la création et de l'annulation d'un festival

(Suite du commuiqué de presse*)
   
 
 
 

 


La valse des calendriers
(suite)
(...) La valse, une drôle d'idée ? Non, la valse à trois temps, tout d'abord : trois pas en avant, deux
en arrière, jusqu'à ce que la musique s'arrête. Trois pas en avant pour l'enthousiasme, deux pas
en arrière pour les demandes d'informations supplémentaires, les nombreux rendez-vous et les
explications détaillées. Trois pas en avant pour l'envoi des dossiers de demande de subvention
dans les temps et dans les règles, deux pas en arrière pour les temps d'étude des dossiers, pour
les réunions tardives de commissions, pour les délais supplémentaires et l'absence de réponses
claires et précises. Et finalement, la musique s'est arrêtée : la réponse du Conseil Régional étant
dépendante de celle du Conseil Général qui elle-même est dépendante de celle de la Ville, et la
Ville, malgré son engagement matériel notoire, ne voulant pas s'engager financièrement, le
saumon remonte la cascade et, finalement, tout le monde dit non.

Autre type de valse, tout aussi difficile à maîtriser : la valse des calendriers. Si chacun connaît
l'année civile et l'année scolaire, lorsqu'il s'agit de monter des projets culturels, il faut apprivoiser et
prendre en compte d'autres calendriers : celui de la Ville, celui du Conseil Général et celui de
Conseil Régional. Les dates de dépôt des dossiers de demande de subvention, les réunions de
commission, les réponses officieuses puis officielles, les mandatements... dans le cas où la danse
fonctionne jusqu'au bout, sans perdre son partenaire, sans se tromper de pas, sans être évacué
de la piste de danse.

Si cette danse n'est sans doute pas beaucoup plus simple pour les institutions, il n'en demeure pas
moins que ce sont elles qui décident des dates, des délais, des critères et des co-financeurs
nécessaires, autrement dit des temps, des pas et des partenaires. A nous ensuite, initiateurs de
l'événement, de s'adapter, de respecter et de mettre en oeuvre. Mais le temps de la danse ne
s'est-il pas décalé ? En effet, en cette année 2009, les décisions et votes du Conseil Régional de
Picardie, du Conseil Général de l'Aisne et de la Ville de Château-Thierry auront lieu au mois de
mars. Qu'advient-il des événements organisés entre janvier et mars ? Doit-on accepter de prendre
des risques financiers inconsidérés et de mettre en péril la pérennité des structures culturelles
associatives afin de compenser un décalage entre la réalité des institutions et la réalité des
porteurs de projet ? Doit-on renoncer à animer culturellement les territoires durant tout un trimestre
parce que les calendriers des institutions ne respectent pas ou plus les calendriers comptables et
civils ? Toutes ces questions se trouvent de fait posées suite à l'annulation du festival Ren'contes,
mais elles touchent bien plus de projets et de structures que la seule compagnie Le Chien qui Miaule et ses partenaires.

" Une culture accessible à tous et sur tous les territoires ", sous certaines conditions

Bien entendu, les collectivités territoriales ne peuvent pas tout financer et elles doivent faire des
choix pour décider quels projets vont être ou non soutenus. Dans le domaine culturel comme dans
tout autre. Elles mettent en place des procédures et des critères afin d'être les plus transparentes
possibles en ce qui concerne l'utilisation de l'argent du contribuable et les plus équitables
possibles vis-à-vis de toutes les structures et de tous les porteurs de projet. Il ne s'agit alors pas
de remettre en question ces critères et ces procédures, ni même les choix qui en découlent, même
si on peut regretter la lourdeur administrative d'un tel système. Un revers de la démocratie peutêtre,
une complexité de fonctionnement sans doute, un défaut de communication assurément,
mais avant tout un frein à l'innovation. Un " non " clair et précis vaut mieux qu'un éternel " peutêtre
" ; un " ne tiens pas " vaut mieux que deux " tu l'auras peut-être ".

Une interrogation demeure : si tout choix est justifié et que toute procédure rend responsable à la
fois l'institution et le porteur de projet, pourquoi a-t-on le sentiment d'une injustice ? Pourquoi se
sent-on abandonné, pas écouté, parlant un langage que personne ne comprend ? Sans doute
parce qu'on a l'impression, au bout d'un moment, d'être mené en bateau sur une rivière dont on ne
maîtrise ni les tenants, ni les aboutissants, sur une embarcation dont on ne maîtrise ni le
gouvernail, ni les rames. " Mais que diable suis-je allé faire dans cette galère ?"... Et pourquoi
dans ce cas, continue-t-on, en tant que porteur de projet, que professionnel, qu'artiste ou même
qu'utopiste, à inventer, imaginer, rêver de nouvelles actions, de nouveaux événements, de
nouvelles possibilités pour nous-mêmes et pour les autres de se développer personnellement et
culturellement parmi et avec les autres ?

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La réponse est simple et nos représentants politiques l'expriment parfois si bien. En ce qui
concerne le festival Ren'contes, elle tient en cette phrase courte et simple écrite par le Vice-
Président à la Culture du Conseil Régional de Picardie : " Une culture accessible à tous et sur tous
les territoires. ". Une phrase, un programme, une utopie... et on y croit. On organise des
événements et on entraîne des gens dans l'application de cette généreuse maxime. Pour le
festival Ren'contes, la liste parle d'elle-même : 7 compagnies de contes, 5 artistes plasticiens
(graphistes, dessinateurs, photographes), 3 écrivains, 3 éditeurs, 30 partenaires associatifs et
commerciaux, 3 écoles soit 60 enfants, des dizaines de bénévoles, des professionnels comme des
amateurs. L'annulation du festival constitue alors un manque à gagner pour certaines entreprises
locales, un manque à gagner pour tous les artistes et professionnels qui ont perdu leur salaire
pour cette semaine-là et, sans oublier, le sentiment du vide, celui de maximes généreuses qui
désormais sonnent creux.

Refuser la fatalité, être à l'offensive : tout un programme

Ainsi que le précisait le Maire de Château-Thierry dans un autre contexte : " Que faire ? Se
lamenter, se plaindre : non ! Nous refusons la fatalité. Pour résister à toute régression, soyons à
l'offensive. ". Il en sera ainsi pour le festival Ren'contes. S'il est désormais impossible de le
réaliser en 2009, rien n'est joué pour les années à venir. Une analyse en profondeur des raisons
de son échec et une prise en considération des différentes leçons à tirer devront avoir lieu car
rejeter la faute sur les autres est trop simple et ne résout pas les problèmes. Si la remise en cause
est nécessaire, il ne s'agit pas dans cette analyse de faire de l'auto-flagellation.

L'idée est bonne et originale, la programmation et l'organisation cohérente, elle a séduit artistes et
commerçants, directeurs d'école et professionnels du tourisme, entre autres. Mais, malgré tout,
elle ne fonctionne pas encore. La compagnie a reçu de nombreux emails et d'appels de soutien,
beaucoup de gens souhaitent que le festival ait lieu. L'équipe va donc retrousser ses manches,
relire tous les critères d'attribution de subvention, rencontrer à nouveau les responsables
institutionnels et les élus, refaire des dossiers de demande de subvention pour finalement changer
ce qu'il y a à changer sans modifier le coeur de l'événement : un festival des arts du fantastique
dans le Sud de l'Aisne.

Et parce que l'inauguration du festival devait avoir lieu le vendredi 13 mars et qu'un vendredi 13,
on peut tout tenter, la compagnie Le Chien qui Miaule invite la presse, les artistes, les partenaires
et tous ceux qui se sentent concernés de près ou de loin, à venir investir la Médiathèque Jean
Macé à Château-Thierry à 17h pour une rendez-vous mêlant conférence de presse et discussions,
afin de faire de la non-inauguration du festival un moment de rencontres et de convivialité à
l'image de ce qu'aurait dû être le festival Ren'contes 2009.


Si vous souhaitez réagir à ce texte ou bien si vous souhaitez soutenir l'action de la compagnie Le
Chien qui Miaule, n'hésitez pas à nous écrire :
lechienquimiaule@lechienquimiaule.com !


* Ce communiqué de presse est officiel. Toute parution antérieure au 01/03/2009 n'est pas du fait de la compagnie Le Chien qui Miaule et elle ne pourra être tenue pour responsable des propos tenus. De plus, la compagnie Le Chien qui Miaule est et demeure apolitique ; elle dégage donc sa responsabilité de toute récupération politique éventuelle.

 
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