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À l’origine, le désir et la volonté de l’acteur Gérard Gilles de jouer, en l’adaptant pour le théâtre, le texte d’Edgar Allan Poe, La Chute de la maison Usher. En fait d’adaptation, Damien Van Tongerloo, l’auteur, ne garde finalement que l’argument de la nouvelle, à savoir : un homme est appelé de façon expresse par un ami qu’il n’a pas vu depuis les années étudiantes, à venir chez lui. Il découvrira une fois arrivé que cette invitation est en réalité comme un piège. Il s’agit en effet pour lui de se rendre complice du meurtre, pour non-assistance car elle se meurt, de la sœur de son ami.
Damien Van Tongerloo transpose l’action dans l’histoire politique contemporaine dont l’effondrement en 2001 des tours jumelles en plein cœur de New York est un événement crucial. De plus il donne une portée symbolique aux protagonistes : Usher devient Bush(er) et sa sœur se prénomme Europe.
L’écriture est libre et profondément théâtrale. Les paroles jaillissent de l’âme du personnage comme un long monologue. Il entreprend une profonde remise en question « Que suis-je devenu ? » par une introspection sans concession face à des miroirs – éléments scénographiques hérités de la création du texte en 2007, mis en scène à l’époque par la chorégraphe, Nina Pavlista. Étant enfant du siècle, sa remise en question personnelle l’entraîne à faire le procès de la société qui le porte. Cette société qui, par le pouvoir de l’image, pousse à la consommation effrénée, à l’abdication du sens critique et de la résistance, voire à l’autodestruction, et maintient les individus sous surveillance.
Pour mettre en scène ce texte je me suis appuyé sur sa profonde cohérence dramaturgique, liée principalement au caractère à la fois clandestin, testimonial et testamentaire du discours du personnage, à l’urgence et la nécessité de sa parole, à sa solitude.
C’est ainsi que j’ai introduit le quatrième mur alors qu’il s’agit d’un récit, somme toute raconté, et d’une adresse directe au public grâce à l’idée maîtresse que le personnage, au risque de sa vie, s’emploie à réaliser une pièce testimoniale enregistrée audio et vidéo de l’événement auquel il a assisté. Et dont il cherche encore lui-même – notamment dans le poème magnifique de Poe (Le Palais hanté), conservé dans le corps du texte de la pièce – la portée et le sens.
Ce texte est à la fois une confession, un témoignage à charge et une bouteille jetée à la mer.
Pierre DE GALZAIN
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